Construire une politique de l'emploi et de la formation professionnelle

 

Mesure n°14 : Construire un plan suivant les recommandations de l’ONU (cf. Agenda 22) pour favoriser l’accès à l’enseignement supérieur.

L’accès à l’université et aux grandes écoles ne vaut que si la France est à même de favoriser l’accueil des lycéens handicapés.  Aujourd’hui, on recense quelques 6.000 lycéens handicapés, dont 2.000 en classe de terminale. Avec la meilleure des hypothèses de taux de réussite au baccalauréat, les résultats ne seront pas suffisants pour amorcer un véritable tournant pour ce qui est de l’accès à l’enseignement supérieur et au final l’inclusion en entreprise.

 

Mesure n°15 : Initier un Grenelle des Etudiants Handicapés pour définir les grands axes d’une politique universitaire pour le prochain quinquennat, afin de combler le retard français en comparaison d’autres pays européens.

En 1981, la France comptabilise officiellement 681 étudiants handicapés. Trente ans plus tard, ils sont entre 9.000 et 11.000 étudiants sur les bancs universitaires, alors qu’au Royaume-Uni ils sont un peu plus de 121.000 et représentent  5.3% de la population étudiante. (Source OCDE). Nous demandons un Grenelle pour l’enseignement supérieur des jeunes handicapés afin que la France rattrape son retard sur les autres pays européens.

 

Mesure n°16 : Construire une politique de formation professionnelle sur la période 2012 – 2022.

Le vrai problème de la politique d’emploi des personnes handicapées reste le très faible niveau de qualification et de formation professionnelle de cette population, si ce n’est sa quasi-absence, donc son inadaptation aux exigences  du marché du travail. Nous demandons EN URGENCE la mise en œuvre d’un plan Marshall pour qu’au cours de la prochaine décennie la France ait enfin amorcé un véritable tournant historique sur l’amélioration du niveau de formation des chômeurs handicapés. Ce plan devra s’appuyer sur l’accès aux dispositifs de droit commun qui globalement demeurent interdits aux personnes handicapées aujourd’hui.

 

Mesure n°17 : Maintenir et développer le dispositif « Cap Emploi ».

La politique d’emploi des personnes handicapées passe par l’implication des acteurs institutionnels en charge de leur accompagnement. Or, comment les Cap Emploi peuvent-ils accompagner dignement les demandeurs d’emploi handicapés quand un chargé d’insertion doit s’occuper en moyenne de 250 dossiers ? Le sujet « demandeur d’emploi » a disparu au profit de l’objet « dossier » de la personne en recherche d’emploi. Il nous semble prioritaire de mettre en place un plan de relance accompagné de moyens humains conséquents pour que les Cap Emploi puissent véritablement apporter des réponses à la personne handicapée en recherche d’un emploi.

 

Mesure n°18 : Développer les politiques d’emploi de proximité en s’appuyant sur les municipalités.

Dans le cadre d’une politique de la ville, ce sont l’ensemble des acteurs du champ de l’insertion comme Pole Emploi, la mission locale, les services municipaux, qui doivent œuvrer ensemble pour organiser des actions emploi et permettre à des demandeurs d’emploi handicapés de rencontrer les acteurs économiques locaux. Des expériences ont été menées et les résultats d’embauche sont positifs, mais ces initiatives restent à la marge en comparaison de ce qui se passe dans les pays scandinaves. Là où la France s’appuie sur un dispositif départemental, le Danemark ou la Suède font de la municipalité l’acteur premier de la rencontre entre le chômeur handicapé et l’entreprise, basé sur l’agenda 22, ce qui permet d’établir les bases d’une véritable politique d’emploi de proximité élaborée à l’échelle d’une ville, voire d’une communauté d’agglomération.

 

Mesure n°19 : Développer conjointement une politique de l’emploi et une politique du revenu du salarié handicapé.

Un tiers des demandeurs d’emploi handicapés recherche un emploi à temps partiel afin de cumuler le revenu d’une activité professionnelle avec le revenu issu de l’allocation adulte handicapée. Même si pour certaines situations de handicap le temps partiel est nécessaire, force est de constater que de nombreuses personnes handicapées sont obligées d’accepter un sous-emploi moins payé pour conserver leur allocation. Bien qu’humainement compréhensible, ce signe renvoyé à la société civile nuit à la dignité et réduit le potentiel productif du citoyen handicapé. Il convient de proposer au chômeur handicapé une situation rassurante concernant le calcul de revenu à même de lui donner envie d’occuper un travail à temps plein lorsqu’il le peut.

 

Mesure n°20 : Mettre en œuvre un plan de développement de 10.000 places en ESAT Hors les Murs sur la période 2012 – 2017.

Depuis la Loi de 1957, il est assigné comme objectif aux ESAT (Etablissement de Services d’Aide par le Travail) de favoriser le passage en milieu ordinaire des personnes handicapées. Les résultats n’ont jamais été probants. Des associations ont développé un savoir-faire afin de permettre à une personne handicapée d’exercer pleinement un emploi en milieu ordinaire et non plus en milieu protégé. Malheureusement, ces projets restent inachevés, puisque moins de 1 % des personnes issues de ces structures intègrent des entreprises ordinaires. Parce que le Vivre ensemble est important pour l’équilibre d’une société, nous demandons aux pouvoirs publics la mise en œuvre d’un plan de développement et de création sur 5 ans de 10.000 places nouvelles en ESAT Hors les Murs. La citoyenneté se gagnera en dehors des établissements spécialisés pour les travailleurs handicapés.

 

Mesure n°21 : Mettre en œuvre une politique d’accompagnement des 150.000 chômeurs handicapés qui chaque année disparaissent des listes de Pole Emploi pour des motifs autres que celui d’avoir trouvé un emploi (Annuaire statistique de Pole Emploi) et des 900.000 bénéficiaires de l’Allocation Adulte Handicapé qui ne sont pas recensés à Pole Emploi.

Il n’est pas digne pour notre pays d’appliquer une telle politique du traitement du chômage des personnes handicapées, tant elle renvoie l’image et l’idée que le handicap reste associé à l’incapacité. Une politique volontariste d’accompagnement et de retour à l’emploi est  plus que jamais nécessaire.